Magazine Lalique 2026_FR

À la rencontre des artisans Anaïs Hey, gardienne de l’excellence du décor

Au sein de l’atelier Décor de la manufacture Lalique, dix artisans perpétuent des techniques que nulle école n’enseigne. Nous y avons rencontré Anaïs Hey, responsable de cet atelier où les savoir-faire se transmettent tel un trésor.

Anaïs Hey mentionne, les yeux brillants, le vase Tourbillon XXL émaillé noir, « une très belle création par la brillance du cristal et les mailles noires sur les volutes. Cette œuvre imposante est un véritable défi technique que peu d’arti sans parviennent à dompter. Pour produire cette pièce, il faut comprendre la matière », détaille-t-elle en insistant sur le « ressenti ». Transmettre pour perpétuer Reproduire en série ce qui relève presque de l’intuition est une prouesse. « Exécuter une pièce, c’est bien, mais arriver à la refaire, à la dupliquer en respectant à chaque fois le modèle et l’excellence Lalique, c’est autre chose, reconnaît-elle. Les contrôles sont essentiels

« Lalique ? C’était un rêve ! » Il y a dix ans, diplômée d’un CAP de souffleur et décorateur suivi d’un brevet des métiers d’art, Anaïs Hey franchit pour la première fois les portes de la cristallerie Lalique à Wingen-sur-Moder. « Durant ma formation à Sarrebourg et Nancy, le nom de René Lalique résonnait ; ses créations sont de pures mer veilles », souffle cette professionnelle passée par plusieurs postes : « J’ai été polisseuse puis ouvrière au bouchage et au perçage. Cela m’a permis de connaître intimement l’atelier du “verre froid” où parviennent, une fois refroi dies, les pièces façonnées par les artisans au “verre chaud”. » Ultime étape de cette mise en beauté : l’atelier Décor, qui demande un apprentissage de longue haleine. « Deux à trois ans sont nécessaires pour maîtriser les gestes de la maison, explique Anaïs Hey. Lalique a des techniques de décor qu’on ne trouve pas ailleurs. » Une reine du bitume Parmi ces secrets précieusement transmis figure la pose du bitume, ce pigment noir d’origine organique, luisant comme un goudron frais, qui sublime les reliefs du cristal. « On n’apprend pas ce savoir-faire à l’école », souligne Anaïs Hey. Sur les pointes des célèbres flacons de parfum Cactus dessinés par René Lalique en 1928 ou sur les lignes sinueuses du vase Zèbre , une création récente de la maison, « le geste doit être d’une netteté absolue, poursuit Anaïs Hey. Il faut de la dextérité, trouver la bonne quantité d’émail et être précis dans ses traits. Ça ne s’improvise pas ! » Les journées de cette cheffe d’orchestre de l’atelier Décor sont réglées comme du papier à musique : « On com mence par la préparation des outils, le contrôle des pièces de la veille, les retouches si nécessaires, puis la production, dans une atmosphère profondément artisanale. » L’atelier Décor œuvre en étroite concertation avec les autres ate liers de la maison – « studio de création compris pour de nouvelles pièces en développement », précise Anaïs Hey. Cette synergie fera toute la beauté du décor. Lorsqu’on lui demande de citer une pièce marquante,

« Le geste doit être d’une netteté absolue. Il faut de la dextérité et être précis dans ses traits. Ça ne s’improvise pas. »

à chaque étape pour main tenir notre niveau d’ex cellence. » Depuis 2023, Anaïs Hey assume la res

ponsabilité de l’ate lier, rôle que la jeune femme dynamique a endossé naturelle ment, forte d’un en cadrement dont elle a bénéficié. L’esprit Lalique se cristallise dans le partage, qu’elle porte à son tour auprès des nouvelles recrues : « Cette logique de transmission, qui exige

patience et pédagogie, est un trésor dont on hérite au sein de la manufacture de Wingen-sur-Moder depuis une centaine d’années maintenant. Quand je vois nos pièces exposées en boutique, je ressens une immense fier té. » Dans le bonheur simple de cette passionnée de verre et de cristal résonne toute la noblesse d’un métier où les mains façonnent du beau, jour après jour.

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