Magazine Lalique 2026_FR

Le musée Lalique

La route serpente à travers les forêts des Vosges du Nord avant de déboucher sur un village discret. Dans une pa lette de verts se niche Wingen-sur-Moder, cœur battant de Lalique depuis plus d’un siècle. C’est ici, à deux pas de la cristallerie toujours en activité, que le musée Lalique offre aux visiteurs une plongée dans l’univers de la maison fondée par René Lalique, artiste visionnaire qui a révolu tionné tout à la fois l’art joaillier et l’art verrier. Précieuse ment conservée, cette aventure artistique et patrimoniale se raconte au sein d’un bijou architectural lové dans un paysage classé Natura 2000. « Nous sommes sur l’ancien site verrier du Hochberg en activité aux xvii e et xix e siècles, précise Véronique Brumm Schaich, à la tête du musée Lalique inauguré en 2011. À la suite d’un concours, l’architecte Jean-Michel Wilmotte a été choisi pour construire l’écrin des collections perma nentes avec un certain nombre de contraintes environ nementales. » Semi-enterré sous une toiture végétalisée, l’édifice se fond dans la topographie. De la pierre verte, du verre, du béton : les matériaux dialoguent avec les sapins alentour. Du bijou Art nouveau à la création contemporaine Une fois franchi le seuil du musée, un lustre monumental de Marc Lalique, fils du fondateur, irradie au plafond du vestibule. « Cette cascade de cristal de trois mètres de haut et pesant 1,6 tonne a été créée en 1951 pour l’exposition “L’Art du Verre” au musée des Arts décoratifs de Paris, explique Véronique Brumm Schaich. Soixante ans plus tard, le musée nous l’a confiée et la manufacture Lalique a entièrement restauré près de 120 pièces ici, à Wingen-sur-Moder. C’est un symbole fort : ce lustre est rentré à la maison. » Le parcours débute par les créations joaillières qui ont fait la gloire de René Lalique à la Belle Époque. Dans une pénombre savamment orchestrée, une Femme ailée en bronze attire notre œil. « Cette pièce exceptionnelle, créée pour l’Exposition universelle de 1900, faisait par tie d’une série de cinq sculptures qui ornaient le stand Lalique au pavillon des Bijoutiers », raconte Véronique Brumm Schaich. Autour, dans les vitrines, des bijoux Art nouveau déploient leurs libellules émaillées, leurs verres chatoyants, leurs cornes translucides. « Las d’être imité, René Lalique s’est tourné vers d’autres horizons », enchaîne Véronique Brumm Schaich nous en traînant dans une section où le verre reflète une success story qui commence par la rencontre entre René Lalique et le parfumeur François Coty, à l’origine de l’invention de flacons industrialisés mais esthétiques : la révolution d’un art démocratisé. Des flacons de parfum aux objets décoratifs, la visite, à la fois chronologique et thématique, se poursuit au fil d’univers qui traversent l’Exposition universelle de 1900, l’Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925, l’art sacré… Ces temps forts sont restitués au travers de films, de photos et de documents.

ce succès ? Une offre riche et renouvelée, avec pas moins de quatre expositions temporaires par an (lire encadré). « Pour renouveler l’intérêt, lors la fermeture du musée en janvier, l’équipe change près de 70 % des pièces du parcours permanent », confie la directrice. Cette rotation est rendue possible par les 703 œuvres du fonds qui a bénéficié ces dernières années de généreux dons. Avec au total 3110 pièces, les collections s’enorgueil lissent de dépôts prestigieux provenant du musée des Arts décoratifs de Paris, du Mobilier national, mais aussi de prêteurs privés. Parmi eux, Silvio Denz, président exécutif de Lalique Group, un des plus grands collectionneurs au monde de flacons de parfum, dont quelque 250 sont ex posés au musée. Les initiatives pour toucher tous les publics abondent : « Nous menons de nombreuses actions à destination du jeune public, avec des ateliers pour découvrir le musée de façon ludique », détaille la directrice. L’été, cet écrin se transforme même en station balnéaire avec l’opération « Vive les vacances » qui explore le travail du verre au travers de jeux de plage : « Wingen-sur-Moder devient Wingen-sur-Mer ! », sourit Véronique Brumm Schaich. Avant de quitter les lieux, on prend l’air dans les jardins où s’épanouissent lys, dahlias et anémones – ces fleurs si chères à René Lalique. Notre cœur de visiteur est décidément cueilli !

Les secrets du cristal « Le savoir-faire des verriers de la région est l’une des raisons qui ont conduit René Lalique à s’installer dans les Vosges du Nord en 1919, à y construire sa villa (lire p. 49) et à y inaugurer sa manufacture en 1922 », rappelle Véronique Brumm Schaich. Celle-ci active une table tactile qui décompose les trente heures de travail nécessaires à la fabrication du vase Bacchantes , icône de la maison depuis 1927. Dans cette section se révèlent des gestes ancestraux, le moule sculpté, le cristal en fusion cueilli à la canne, le pressage, les bains d’acide qui permettent d’obtenir un effet mat, le polissage, tous ces gestes où culmine le savoir faire du satiné repoli final si caractéristique de Lalique. Un film, tourné au cœur de la manufacture, permet d’admirer la chorégraphie des verriers, leurs gestes mesurés, les tournoiements précis de la matière en fusion. « Aujourd’hui encore, près de cent cinquante perpétuent ces techniques, décrit Véronique Brumm Schaich. Une dizaine sont Meilleurs Ouvriers de France. » Un musée qui s’adresse à tous Avec ses 52 000 visiteurs annuels, le musée Lalique s’impose comme un acteur culturel incontournable en Alsace. « Les gens viennent de France, d’Allemagne, de Suisse, du Benelux, et même d’Amérique et d’Asie, se réjouit Véronique Brumm Schaich. Et le public local est très fidèle, avec un taux de retour important. » La clé de

Le musée Lalique, vues de l’extérieur.

44

45

Made with FlippingBook - Online catalogs